mercredi 21 décembre 2011

L'envers des autres de Kaouther Adimi

Kaouther Adimi est née en 1986 à Alger. Elle y fait des études de langue et de littérature françaises avant de s'installer à Paris. Remarquée pour ses nouvelles (elle a obtenu le prix du jeune écrivain francophone de Muret en 2006 et 2008), elle publie son premier roman, Des ballerines de papicha, aux éditions Barzakh en Algérie en 2010, repris sous le titre L'envers des autres aux éditions Actes Sud en 2011.

L'envers des autres est un roman polyphonique.  Les chapitres se succèdent et donnent la parole à des personnages différents qui racontent une partie de leur vie à Alger, à notre époque.

L'histoire commence avec Adel qui n'arrive pas à dormir. Il pleure "des larmes de honte et de frustration" et porte un regard très noir sur lui-même. Il sait ce que l'on pense de lui : qu'il n'est pas à la hauteur, qu'il est une femmelette. Pour tromper son désespoir, il passe ses journées à boire et à oublier dans un café. Les journées se succèdent et se ressemblent.

Sa sœur Yasmine est remarquée partout pour sa grande beauté. Étudiante, elle porte un regard cynique sur sa ville, sur la communauté universitaire et étudiante, sur les relations amoureuses, que l'on observe à travers ses yeux. Elle fréquente un jeune homme, Nazim, mais c'est pour oublier son frère qu'elle aime plus que tout.

Leur sœur aînée, Sarah, peint à longueur de journée. Coincée dans cette maison avec son mari Hamza, qui est devenu fou, elle cherche à s'échapper en s'adonnant complètement et pleinement à son art. Leur fille, Mouna, se plaît à être une papicha (une minette) avec ses ballerines bleues toutes neuves. Elle veut se marier avec Kamel, un voisin, et ne prête pas attention aux moqueries de ses camarades de classe.

Enfin, il y a la mère, sans nom, qui a perdu son mari "fauché par une balle aveugle". Elle sait bien ce que les gens disent de ses enfants, trop beaux, trop différents et qui aspirent à plus de liberté. Elle a élevé ses enfants comme il faut mais elle ne comprend pas pourquoi Sarah ne s'occupe plus de son mari et passe ses journées à mélanger des couleurs et pourquoi Yasmine ne se contente pas de trouver un bon travail, un mari et de fonder une famille.

Autour d'eux gravitent des voisins, obnubilés par cette famille étrange. Des jeunes voisins passent leurs nuits à boire et à fumer du shit, partagés par l'envie de quitter leur pays pour l'Europe, promesse d'un meilleur avenir, ou rester pour aider à construire l'Algérie. A partir de l'histoire d'une famille algérienne, c'est une histoire de la jeunesse algérienne posant la question de l'avenir de ces jeunes que pose Kaouther Adimi. Une histoire sombre d'ailleurs, et qui se termine brutalement. La fin est surprenante et laisse des questions en suspens. 

J'ai beaucoup aimé l'écriture limpide de Kaouther Adimi : les dialogues sont naturels et les descriptions rendent bien l'atmosphère particulière de l'Algérie. On est totalement plongés dans cet univers et dans le désespoir de ces personnages qui s'interrogent sur leur avenir.  Je regrette juste que le roman soit si court et se lise si vite : vivement un autre texte de Kaouther Adimi à découvrir !

Extraits :

Il y a dans la nuit quelque chose qui m'attire. Un silence qu'on ne peut retrouver dans le jour. Une sensation d'épaisseur et de lourdeur difficile à définir. Une impression de finitude. J'aime attendre le lever du jour, voir d'un coup la ville s'éveiller. Il est plus raisonnable de dormir toute l'après-midi et de rester debout la nuit.

Mes enfants sont des imbéciles. Des demeurés. Des inconscients. Je ne sais s'ils manquent de maturité, d'intelligence ou simplement de bon sens. Ils doivent être limités. Intellectuellement parlant, s'entend. Parce que physiquement, j'ai l'impression que tout se passe bien pour eux. Et même trop bien. Il aurait mieux valu qu'ils soient handicapés, qu'ils aient par exemple tous les muscles du ventre jusqu'à l'extrémité des orteils paralysés. Ils feraient moins de conneries, ces imbéciles.

Merci aux éditions Barzakh et Actes Sud, ainsi qu'à Libfly pour l'opération "Deux éditeurs se livrent, spécial Maghreb". 

Quelques mots sur cette opération : Pour ceux qui ne connaissent pas le site libfly.com, il s'agit d'une bibliothèque communautaire où chaque inscrit peut partager ses livres et ses critiques. En ce moment, Libfly met en avant deux éditeurs du Maghreb : Elyzad (Tunisie) et Barzakh (Algérie), spécialisés dans la littérature méditerranéenne. On peut directement leur poser des questions sur le forum de Libfly et une rencontre est organisée le 13 février à Lille (et rediffusée sur LibflyTV) avec les éditeurs et certains auteurs, dont Kaouther Adimi. Plus d'infos sur Libfly !



 

lundi 19 décembre 2011

Le ravissement de Lol V. Stein / Marguerite Duras

Lol V. Stein a dix-neuf ans quand elle se fiance à Michael Richardson, rencontré pendant ses vacances à T. Beach. L'histoire commence au bal du Casino, quand une femme entre dans la salle et que Michael abandonne instantanément Lol pour partir avec. S'ensuit une "crise", une "maladie" et la disparition de Lol V. Stein. Dix ans plus tard, Lol revient dans sa ville natale, mariée et mère de trois enfants. Elle y retrouve son amie d'enfance, Tatiana Karl, et rencontre l'amant de celle-ci, Jacques Hold.

Je continue dans ma découverte de l'œuvre de Marguerite Duras, avec cette fois-ci un roman, très connu et publié en 1964. Je ne le connaissais que de nom et me demandais quel pouvait être le sens de ravissement dans ce roman. Enlèvement ? Extase ? Le titre joue bien évidemment sur les sens de ce mot. Dès le début du roman, c'est un "je" qui raconte l'histoire de Lol V. Stein, un "je" dont l'identité ne nous est révélée que plus tard. Ce narrateur raconte ce qu'il connaît par ouï-dire et surtout par Tatiana, celle qui était présent au bal et qui a tenu la main de Lol pendant sa crise. Il invente et imagine ce qu'il ne connaît pas, car Lol est un mystère qu'il cherche à élucider.

Trois femmes : Lol V. Stein, Tatiana Karl et Anne-Marie Stretter. Quatre hommes : Jean Bedford, qui a épousé Lol ; Jacques Hold, l'amant de Tatiana ; Pierre Beugner, son mari et Michael Richardson. Ils se lient et se délient entre eux pour former des couples à des états différents : amour naissant, passion charnelle, couples sans amour... Et tout tourne autour du personnage captivant de Lol, et de cette scène du bal à T. Beach qui revient à de nombreuses reprises, sans cesse revécue par Lol et imaginée par le narrateur. Lol est-elle guérie ? Sa maison et sa vie trop ordonnées sont-elles des symptômes d'une folie (le mot est dit) encore présente ? A quoi pense-t-elle lors de ces longues promenades qui la mènent toujours à l'hôtel Des Bois où se rencontrent Tatiana et Jacques Hold ?

Décidément, j'aime l'écriture de Duras. J'aime relire certains passages, parfois à voix haute pour bien en saisir l'oralité. Moins difficile d'accès que des textes plus obscurs (par exemple, Les yeux bleus, les cheveux noirs précédemment lu), il en reste pas moins que certains passages du Ravissement de Lol V. Stein ouvrent la voie à plusieurs interprétations, ce qui complique mais enrichit la lecture. C'est donc définitivement un roman que je vais relire, car il fait partie de ces romans dont les relectures nous apprennent toujours quelque chose. Bien que n'ayant lu que très peu d'œuvres de Duras, Le ravissement de Lol V. Stein fait partie de mes préférés, et m'a totalement ravie.

Un extrait :

Ce que je crois : 
Des pensées, un fourmillement, toutes également frappées de stérilité une fois la promenade terminée - aucune de ces pensées jamais n'a passé la porte de sa maison - viennent à Lol V. Stein pendant qu'elle marche. On dirait que c'est le déplacement machinal de son corps qui les fait se lever toutes ensemble dans un mouvement désordonné, confus, généreux. Lol les reçoit avec plaisir et dans un égal étonnement. De l'air s'engouffre dans sa maison, la dérange, elle en est chassée. Les pensées arrivent. 
Pensées naissantes et renaissantes, quotidiennes, toujours les mêmes qui viennent dans la bousculade, prennent vie et respirent dans un univers disponible aux confins vides et dont une, une seule, arrive avec le temps, à la fin, à se lire et à se voir un peu mieux que les autres, à presser Lol un peu plus que les autres de la retenir enfin.
Le bal tremblait au loin, ancien, seule épave d'un océan maintenant tranquille, dans la pluie, à S. Tahla. Tatiana, plus tard, quand je le lui ai dit, a partagé mon avis.

lundi 12 décembre 2011

Le quai de Ouistreham : reportage de Florence Aubenas

En 2009, Florence Aubenas, journaliste, décide de se mettre dans la peau d'une demandeuse d'emploi et de vivre au quotidien l'enfer des emplois précaires. Incognito, Florence Aubenas s'est installée dans une chambre meublée à Caen et s'est inscrite à Pôle emploi. Sa seule limite : arrêter le jour où on lui propose un CDI. Le quai de Ouistreham raconte sa quête qui a duré presque six mois.

Ce livre n'est pas un roman, mais un reportage : les situations et les personnages sont réels. L'écriture de Florence Aubenas est pourtant romancée, et agréable à lire : il y a peu ou pas d'analyse sur le chômage et sur la "crise" de 2009, mais des faits concrets dans la vie de demandeurs d'emplois que l'on entend et que l'on voit peu habituellement. Comme Florence Aubenas, on est immergés dans la quête d'un emploi, les rendez-vous à Pôle emploi, les ateliers "Rédiger un CV", les stages "propreté" et surtout les ménages dans les bureaux et sur le ferry de Ouistreham. On y découvre la solidarité, le courage et l'entraide, mais aussi la mesquinerie et la méchanceté. On y trouve également des éléments intéressants sur l'histoire du syndicalisme et des fermetures de grandes entreprises françaises en Normandie (Société Métallurgique de Normandie, Moulinex...)., ce qui rajoute un contexte important à l'histoire des personnes que Florence Aubenas rencontre.
 
Parfois un peu brouillon, il m'est arrivé de me perdre dans la masse d'hommes, et surtout de femmes, que Florence Aubenas rencontre et dont elle trace un rapide portrait (sous couvert d'anonymat). J'ai aimé trouvé dans ce texte un témoignage de la précarité et non pas une analyse détaillée du chômage en France. Même si Le quai de Oustreham n'apporte rien de nouveau à ce que l'on connaît, ou que l'on imagine, c'est un document social qui laisse un arrière-goût amer d'injustice et une envie de révolte.

Un extrait :

Quand les gens du ménage parlent de cette quête du travail, tous disent la même chose. Le pire, c'est cette première fois, ou plutôt ces premières fois, se lever dans la ville endormie, rouler la nuit vers des endroits inconnus en se demandant où on va tomber. Ce serait exagérer de parler de peur, un pincement plutôt, qui vient s'ajouter à ce fond de fatigue, impossible à résorber. On tient aux nerfs et à l'espoir, celui d'arriver enfin quelque part, mais le but paraît toujours plus lointain.

Merci aux éditions Points et à Libfly pour l'opération "Un poche, un mordu, une critique" ! 
 

jeudi 8 décembre 2011

Cadavre exquis de Pénélope Bagieu

Parlons un peu BD pour changer ! Vous connaissez sûrement Pénélope Bagieu et son blog "Ma vie est tout à fait fascinante" (adapté en livre) dans lequel elle met en scène sa vie dans de petites scènes bourrées d'humour, ou peut-être ses BD Joséphine, suite de sketches en une page. En 2010, elle sort sa première longue histoire sur 128 pages de BD, Cadavre exquis, aux éditions Gallimard, collection Batou, et maintenant disponible en poche chez Folio.

Cadavre exquis raconte l'histoire de la jolie Zoé, pas vraiment heureuse dans sa vie : en plus de se coltiner un petit ami paresseux et méchant, elle est hôtesse d'accueil dans les salons et condamnée à jouer le rôle de potiche devant des hommes qui ne savent pas se tenir ! Quand elle rencontre Thomas Rocher, un écrivain enfermé dans son appartement, leurs vies à tous deux basculent...


Niveau dessin, on reconnait bien le style de Pénélope Bagieu : personnages très expressifs, couleurs vives et chatoyantes, décors soignés et remplis de détails. Alors, on aime ou on n'aime pas, et moi j'aime bien ! En plus, on remarque une véritable amélioration entre les tout premiers dessins de Ma vie est tout à fait fascinante et les dessins plus matures de Cadavre exquis.

© Penelope Bagieu - Gallimard

Niveau scénario, c'est là que le bât blesse. Les personnages, notamment la pétillante Zoé, sont attachants, l'histoire est bien lancée dès le début, mais rapidement, j'ai trouvé que certaines situations étaient mal amenées, voire incongrues. Il manque quelques détails et quelques développements par-ci, par-là, pour que j'accroche vraiment à l'histoire. La fin, un peu rapide à mon goût, m'a d'ailleurs un peu déçue.

Bref, je vous conseille cette BD si vous êtes fan des dessins de Pénélope Bagieu et si vous voulez découvrir sa première "longue histoire", prometteuse malgré tout.


mardi 6 décembre 2011

Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

A l'âge de 18 ans, Jean-Philippe Blondel perd sa mère et son frère dans un accident de voiture. Quatre ans plus tard, son père décède également dans un accident de voiture. Il décide alors de partir aux États-Unis, accompagné de deux amis, et de parcourir la Californie au volant d'une Thunderbird, pour se rendre finalement à Morro Bay, porté par la musique de Lloyd Cole and the Commotions et leur chanson Rich.

Vingt-cinq années plus tard, Jean-Philippe Blondel revient sur ces événements tragiques qui l'ont vu en l'espace de quatre ans, perdre sa famille et devenir orphelin. Sans doute le temps lui a été nécessaire pour pouvoir raconter cette histoire, et ce, sans s'apitoyer sur son sort. Car Jean-Philippe propose avant tout une belle histoire d'amitié autour d'un complexe triangle amoureux : Laure, sa petite-amie, avait choisi de le quitter pour Samuel, son meilleur ami, juste avant l'accident de son père. Mais, l'amitié l'emporte sur le reste, et c'est un trio aux relations certes compliquées mais très fortes, qui parcourent la Californie en voiture.

Et rester vivant, c'est donc aussi une sorte de road-trip américain, fait de diverses rencontres qui ont aidé le jeune homme à se remettre "sur la bonne route"... J'ai aimé ces personnages "secondaires", ces Américains aux paroles si justes qui ont su touché le narrateur au plus profond de son désespoir.

Avec ce roman autobiographique, Jean-Philippe Blondel livre un bel hommage à ses fidèles amis et à ces âmes rencontrées au bord des routes de Californie, qui l'ont accompagné dans les moments les plus sombres et l'ont aidé à rester vivant.

C'est le premier roman de Blondel que je lis et j'ai apprécié son écriture très forte. Chaque phrase est percutante et Blondel réussit très bien à plonger le lecteur dans ses pensées. Est-ce dû au caractère autobiographique du récit ? J'ai bien envie d'aller vérifier en piochant dans un des nombreux romans de Blondel...


Un extrait :

J'ai fermé les yeux et, pendant quelques secondes, j'ai eu vingt-deux ans, des cheveux dans le cou, deux dizaines de kilos en moins, une boucle d'oreille dans le lobe gauche. J'étais assis au bord de la route qui surplombe Morro Bay, Californie. Ce qui comptait, c'était l'ici et le maintenant. L'été. L'été 1986.


D'autres billets sur Et rester vivant ont été écrits chez : Delphine, Asphodèle, George, Clara, A propos de livres et bien d'autres....

Chez Hérisson




vendredi 25 novembre 2011

Le tag des bibliothèques !

Me voici de nouveau avec un tag, et cette fois-ci c'est Delphine la responsable ! Aujourd'hui, je vais partager avec vous le contenu de mes bibliothèques et si vous n'avez pas encore vu celles de Delphine, c'est sur son blog.


Que contient votre (vos) bibliothèque(s) (BD, romans, essais, documentaires, jeunesse, policiers, guides de voyage, livres d'art...) ? 

Actuellement, j'ai trois bibliothèques dans mon appartement. 

La plus ancienne, qui a déménagé plusieurs fois, se trouve dans mon salon/cuisine et contient : mes livres de cuisine (deux premiers cases), quelques livres sur le Moyen Age et en particulier la légende arthurienne (qui sont en train de déménager car mes livres de cuisine augmentent considérablement en ce moment...), quelques livres sur l'art, et tout le reste ou presque, ce sont mes bouquins sur l'histoire du livre et des bibliothèques (en rapport avec mes études et mon métier). Il y a aussi quelques livres des éditions La Fabrique que j'aime particulièrement, des magazines en vrac, des jeux vidéo, des bougies... Bref, un peu tout mélangé !




La deuxième bibliothèque se trouve dans ma chambre à côté du bureau et on y trouve principalement mes livres de poche (en très grande majorité des romans), quelques livres grand format et tout en haut des CD et DVD. A droite de la bibliothèque, se trouve un petit meuble dans lequel je range mes livres pas encore lus, mais comme il est souvent rempli, j'en mets aussi dans cette bibliothèque.




Enfin, la troisième bibliothèque, qui se trouve également dans ma chambre, est la plus récente et la moins chargée en livres (pour l'instant). Elle est venue en renfort de la deuxième qui débordait ! On y trouve quelques BD, un petit coin "littérature asiatique", des livres pratiques, et des livres de fantasy qui sont rejoints petit à petit par mes livres sur la légende arthurienne.






Vos livres sont-ils classés de façon particulière ?

Je classe mes livres de poche par éditeur et collection, puis par ordre alphabétique du nom d'auteur. Mais comme souvent je n'ai pas la place dans mon petit meuble de livres à lire, je mets aussi les nouveaux livres sur la première rangée des étagères, et là, sans classement. Pour le reste, j'essaie de les classer par thématiques donc (cuisine, métiers du livre, livres pratiques etc.) et un peu par format.

Tous les livres de votre (vos) bibliothèque(s) vous appartiennent-ils (conjoint, enfants, prêts...) ?

Oui ! Les livres que j'emprunte, notamment en bibliothèque, sont peu nombreux et trouvent leur place sur mon bureau, pour ne pas les oublier...

Avez-vous lu tous les livres qui sont dans votre (vos) bibliothèque(s) ?

Non, car j'en achète beaucoup, que je mets de côté pour de futures lectures, en librairie et dans vides-greniers. Mais, j'essaie de ralentir un peu en ce moment, c'est bientôt Noël, et mon budget va en prendre un sacré coup...

Avez-vous des auteurs préférés ?

Je dirais Annie Ernaux, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Jane Austen, Haruki Murakami, Tolkien et en fait, s'en rajoutent toujours d'autres au gré de mes découvertes.

Avez-vous un livre préféré ?

Pas vraiment, peut-être alors Le Seigneur des Anneaux de Tolkien, que j'ai relu plusieurs fois.


Ce tag ayant beaucoup circulé, je ne vois pas à qui le faire passer, sauf à toute personne intéressée. A noter que Reading in the rain propose régulièrement de faire découvrir le contenu de nos bibliothèques sur son blog, avec son rendez-vous "Et chez toi, la bibli, elle ressemble à quoi ?".







mercredi 23 novembre 2011

Si j'étais... [tag]

Calypso du blog Aperto Libro m'a envoyé le fameux tag du portrait chinois qui circule en ce moment. Voici donc mes réponses.

 Si j'étais...

1. une émotion : la joie ! J'aime rigoler et passer de bons moments, mais ce n'est pas facile tous les jours.

2. un genre littéraire : le roman autobiographique. Je suis dans une période Annie Ernaux/Marguerite Duras, alors forcément...

3. un plat salé : une raclette, comme celle que j'ai dévorée hier soir...

4. une chanson : pas facile celle-là. Peut-être Eleanor Rigby des Beatles.

5. une paire de chaussures : des petites chaussures confortables pour tous les jours

6. un titre de chapitre : "Trompeuses apparences" (L'Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón, que je viens de terminer et que j'ai adoré : mystères, secrets, amour et aventures, et tout tourne autour d'un livre et d'une librairie. Un livre excellent même s'il est un peu long à démarrer).


7. un rêve : voyager partout

8. un auteur : dur, dur... Tolkien ? pour son savoir et sa capacité à créer un monde imaginair.

9. un bruit : le bruit d'un train qui roule au loin

10. un sport : ah ah, je suis ne pas très sportive... Mais j'ai commencé cette année un cours de Zumba !

Merci Calypso !! Et comme ce tag a déjà beaucoup circulé, je ne le propose à personne, sauf si bien sûr quelqu'un le veut vraiment...

lundi 21 novembre 2011

La fille de son père d'Anne Berest

L'histoire est banale : trois sœurs que leurs vies respectives ont éloigné l'une de l'autre se retrouvent à un dîner de famille. Leur mère est morte quand elles étaient encore enfants et leur père s'est mis en couple avec Catherine, qui a du mal à s'imposer et à être acceptée par les sœurs. Au dessert,  les tensions éclatent et Catherine sous-entend qu'une des sœurs ne seraient pas la fille de son père...

Si elles sont toutes les trois rousses, c'est bien des femmes différentes qu'Anne Berest s'amuse à faire interagir. Irène, l'aînée, mariée et mère de famille, a un caractère bien trempé. Vient ensuite la narratrice, qui commence à peine une nouvelle relation. Enfin, Charlie, la cadette, est plus réservée et discrète.

Avant la fin du livre, j'avais quasiment tout découvert, malgré les fausses pistes laissées par l'auteur. Pas de dénouement surprise donc ! Mais La fille de son père est un livre qui se lit tout seul, d'un bout à l'autre sans s'arrêter, un livre que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Les émotions sont exprimées avec justesse et les personnages attachants, notamment celui de la narratrice, dont on s'imagine être à sa place. J'ai été émue par certains passages dramatiques de l'histoire (parce que oui, c'est assez triste quand même) et c'est avec regret que j'ai fermé ce court roman (145 pages).

Il s'agit d'ailleurs du premier roman d'Anne Berest, paru aux éditions du Seuil en 2010, et qui j'espère sera suivi par d'autres !

Un extrait : 
"Il faudrait pouvoir, à l'aide d'un filtre magique ou d'une visionneuse interne, remonter le temps et se revoir, avant. Se souvenir de ce que nous pensions alors, de nos impressions, mais avec la prescience des événements à venir, afin de ne pas oublier certains détails que nous regretterons, plus tard, d'avoir négligés au profit de futilités qui occupaient nos esprits et nous semblaient, alors, de la plus haute importance - et que nous avons, depuis, évidemment oubliées."

Merci à Libfly et aux éditions Points pour la découverte dans le cadre de l'opération "Un poche, un mordu, une critique" !

Un autre avis à lire sur Littérature et chocolat !


 

jeudi 17 novembre 2011

Du nouveau dans ma bibliothèque...

Cela fait un moment que je ne vous ai pas montré mes achats ! Voici donc les tout derniers, trouvés dans deux vide-greniers différents, mais rassurez-vous, il y en a eu bien d'autres avant...

Deux Marguerite Duras, Le square et Moderato Cantabile (j'aime beaucoup la photo de couverture) parce que plus je lis Duras, plus j'ai envie d'en lire encore !

Bonjour, Jeeves de P.G. Wodehouse, parce qu'on m'a parlé de cet auteur et de sa série de romans où intervient Jeeves, et que j'adore l'humour anglais.

Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et L'été de la vie de J.M. Coetzee, deux auteurs jamais lus, mais les quatrièmes de couverture m'ont décidée.

L'écume des jours de Boris Vian : jamais lu, je l'avoue, mais je compte bien rattraper cette lacune ! N'oubliez pas l'expo Boris Vian à la BnF dont Delphine parle très bien ici.

Et enfin, Les corrections de Jonathan Franzen parce qu'il va me permettre non seulement de découvrir cet auteur (je n'ai toujours pas lu Freedom qui pourtant m'attend sur mes étagères) mais aussi ce nouveau format poche des éditions.2.


Écrire la vie, Gallimard Quarto, 1084 p., 25 euros
Hors vide-grenier, je me suis ruée dès sa sortie sur l'anthologie Écrire la vie d'Annie Ernaux publiée chez Gallimard (collection Quarto). Elle regroupe des extraits inédits de son journal, des photographies personnelles, notamment celles dont il est question dans ses romans, des articles et enfin la plupart de ses œuvres, écrites sur une quarantaine d'années :
La Place, Une Femme, Les Armoires vides, La Honte, L'événement, La Femme gelée, Passion simple, Se perdre, Je ne suis pas sortie de ma nuit, Journal du dehors, La Visite, L'Occupation, Les Années.

À noter que ces textes ne sont pas classés par date de publication, mais tout simplement par déroulement des faits que racontent Ernaux. 

Cette très belle édition ne me donne plus envie de lire et relire Annie Ernaux, dont je ne connais pour l'instant que Les Années et L'événement.




mercredi 9 novembre 2011

J'ai lu... de Stefan Zweig

Né en 1881 à Vienne, Stefan Zweig est l'auteur de nombreux romans et nouvelles dont certains très connues : Le Joueur d'échecs et Vingt-quatre heures de la vie d'une femme.

Le Joueur d'échecs : Alors qu'il quitte voyage vers l'Argentine, le narrateur apprend que se trouve à bord du bateau le champion mondial d'échecs, Mirko Czentovic. Amateur de psychologie, il souhaite observer et comprendre Czentovic qui, bien que champion d'échecs, a une réputation d'homme lent et peu intelligent. S'ensuit alors une partie d'échecs commune contre Czentovic dans laquelle un certain "M. B..." va réussir à faire partie nulle ! Et surprise, ce dernier avoue ne pas avoir touché un échiquier depuis une vingtaine d'années...

Dans cette nouvelle, Zweig imbrique plusieurs récits :
- celui de l'enfance de Czentovic et comment il est devenu champion du monde d'échecs
- celui de M. B... et comment il est devenu un expert capable de battre un champion 
- et enfin, le récit de leur rencontre sur le bateau. 
On a donc un effet de surprise car l'on ne s'attend pas au long récit de M.B.... et c'est pourtant le centre de la nouvelle.

Ce récit va d'ailleurs permettre d'aborder le thème de la répression et des tortures (psychologiques) nazies. En effet, avocat en Autriche, M. B... a été arrêté et emprisonné dans une chambre d'hôtel, sans contact extérieur, seul et sans aucune distraction. Interrogé à plusieurs reprises par les nazis, il perd peu à peu le contrôle de son esprit jusqu'à ce qu'un petit livre sur les plus grandes parties d'échec parvienne à le sauver...

J'ai bien aimé cette nouvelle plaisante à lire, surprenante et extrêmement bien construite.


Vingt-quatre heures de la vie d'une femme : Dans une petite pension situé sur la Riviera, un scandale éclate : Mme Henriette, épouse d'un des pensionnaires, est brutalement partie avec un jeune homme qu'elle ne connaît que depuis quelques jours. Alors que tous la condamnent, le narrateur cherche à la défendre. C'est alors qu'une vieille dame anglaise, pensionnaire également, va se confier à lui...

Encore une fois, on a deux récits imbriqués : Zweig commence par évoquer le scandale de Mme Henriette, puis la vieille dame fait le long récit de sa rencontre avec un jeune homme, accro au jeu, qui a bouleversé sa vie l'espace d'une longue et fatale journée. Mais cette fois-ci, après le récit de la vieille dame, Stefan Zweig  joue avec le lecteur et ne revient pas sur l'histoire de Mme Henriette ! On a très peu de détails et on n'apprend jamais pourquoi elle a quitté son mari pour ce jeune homme. Bref, une petite déception car, alléchée par le début, je m'attendais à lire les vingt-quatre heures de la vie de Mme Henriette.

Ceci dit, le récit de la vieille dame anglaise se suffit à lui-même : Zweig y décrit avec beaucoup de talent l'addiction du jeune homme et la (longue) description qu'il fait de ses mains quand il joue à la roulette est étonnante, voire angoissante. Ses mains ont leur vie propre et reflète toutes les émotions du joueur. A la limite du fantastique, ce passage m'a d'ailleurs fait penser aux nouvelles de Maupassant.

Bref, une bonne nouvelle à lire pour son côté fantastique et pour la description de la vie d'une femme bouleversée par une rencontre et une journée.


lundi 31 octobre 2011

1Q84, Livre 1 : Avril-Juin de Haruki Murakami

1Q84 est l'histoire de deux personnages, Tengo et Aomamé, vivant tous deux au Japon en 1984. Tengo est un professeur de mathématiques et écrivain à ses heures perdues bien qu'il n'ait encore jamais publié. Komatsu, éditeur d'une célèbre revue, lui demande de réécrire La Chrysalide de l'air, l'œuvre de Fukaéri, une jeune lycéenne dyslexique, afin qu'elle soit présentée au prix des Jeunes Auteurs. Tengo émet d'abord des doutes quant à la moralité de cette idée. Mais après avoir lu le manuscrit, il est complètement submergé par le potentiel du texte et accepte de le remanier. Tengo rencontre Fukaéri et découvre alors l'existence d'une secte religieuse, les Précurseurs, dont Fukaéri semble s'être échappée. 
Aomamé, quant à elle, est une belle jeune femme de 29 ans, qui exerce le métier de professeur de sport et... de tueuse à gages. Elle est recrutée par une vieille femme riche qui a créé un refuge pour femmes battues et maltraitées. Lorsque la justice est incapable d'aider ces femmes, la vieille femme fait appel à Aomamé et son pic à glace. Un jour, Aomamé remarque des choses étonnantes : les uniformes et armes des policiers ont changé suite à de violentes émeutes dont elle n'avait jamais entendu parler alors qu'elle suit la presse régulièrement et tout le monde semble au courant, sauf elle ! Quand une deuxième lune apparaît dans le ciel sans étonner le moins du monde les gens qui l'entourent, Aomamé comprend qu'elle vit à présent dans un monde parallèle, l'année 1Q84, et qu'elle est la seule à se souvenir du monde originel, l'année 1984.
Petit à petit, on découvre des liens entre Tengo et Aomané, et leurs histoires respectives. Tout semble tourner autour de la Secte des Précurseurs et des Little people, dont Haruki Murakami se plaît à garder le mystère.

Mon avis :  

L'histoire est un peu longue à a se mettre en place, car, avec ce premier tome, Murakami présente le contexte : les personnages et leur passé, la secte des Précurseurs et son origine. Ce qui donne d'assez longs passages de dialogues ou de récits personnels, et peu d'action. Mais Murakami a le don d'éveiller l'intérêt du lecteur dans son récit. Petit à petit, l'auteur glisse des éléments fantastiques, qui viennent perturber le lecteur et le garder attentif et actif :  je n'ai cessé de m'interroger, de chercher à relier tel passage à tel passage, de relier Tengo à Aomamé. L'histoire n'en devient que plus captivante et  Murakami excelle dans l'introduction du fantastique, du "bizarre" à petites touches insidieuses.

Les thèmes évoqués sont divers et variés : les sectes religieuses, l'Histoire, les relations familiales, la violence envers les femmes, la sexualité mais aussi l'écriture. Les personnages, bien qu'au premier abord un peu froids, deviennent attachants au fil des flashbacks du récit. Ils ont en tout cas une personnalité très riche et une histoire hors du commun.
1Q84 fait référence au roman 1984, fameuse dystopie de George Orwell : en effet, les protagonistes de 1984 vivent dans une année "imaginaire", inventée par Orwell, tandis qu'Aomamé se retrouve dans un monde parallèle, le monde 1Q84.

Dans le tome 1 de 1Q84, les éléments de l'intrigue (complexe) se mettent en place : c'est le premier tome d'une trilogie, le tome 2 est déjà en librairie et le tome 3 sortira en mars 2012. On se pose donc beaucoup de questions en lisant, et on obtient peu de réponses à la fin de ce tome. Une fois le livre terminé, on a qu'une seule envie : courir en librairie acheter le tome 2 !

Un extrait :

1Q84 - voilà comment je vais appeler ce nouveau monde, décida Aomamé. 
Q, c'est la lettre initiale du mot Question. Le signe de quelque chose qui est chargé d'interrogations. [...]
Que cela me plaise ou non, je me trouve à présent dans l'année 1Q84. L'année 1984 que je connaissais n'existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84. L'air a changé, le paysage a changé. Il  faut que je m'acclimate le mieux possible à ce monde lourd d'interrogations. Comme un animal lâché dans une forêt inconnue. Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois en comprendre au plus tôt les règles et m'y adapter.


Ceci est ma participation aux Matchs de la rentrée littéraire : merci à Rémi Gonseau de PriceMinister et aux éditions Belfond pour l'envoi du livre !

Challenge de Hérisson !

jeudi 27 octobre 2011

Avec mon meilleur souvenir de Françoise Sagan

En 1984, Françoise Sagan publie Avec mon meilleur souvenir, composé de dix textes sur des rencontres et souvenirs marquants de sa vie. 

Billie Holiday, Tennesse Williams, Orson Welles, Rudolf Noureev, Jean-Paul Sartre, voilà des noms connus que Sagan a pu rencontrer au cours de sa vie et dont elle fait ici un portrait édifiant, un hommage à ces personnalités qu'elle a admirées et aimées. Elle a su saisir dans ces textes leur caractère profondément humain, au-delà de leur talent évident. Mais en lisant ces récits de rencontre, on en apprend également sur Françoise Sagan elle-même, sur sa vie et sur sa remarquable humilité, sa capacité à aimer les gens  pour ce qu'ils sont et à les admirer en toute modestie.

Dans d'autres textes, c'est avec beaucoup d'humour et d'autodérision que Sagan fait l'éloge des fâcheuses tendances qu'on lui a souvent reprochées : le jeu, la vitesse et la vie de nuit (à Saint-Tropez). Elle se plaît ici à raconter ses anecdotes de parties dangereuses au casino, à partager ses émotions quand elle est lancée à pleine vitesse sur une route de campagne et à revenir avec nostalgie sur ce qu'était Saint-Tropez avant et ce que la ville est devenue.

Sagan évoque également son histoire avec le théâtre, son travail avec les acteurs, ses réussites et ses échecs. Elle admet avec sincérité être un piètre metteur-en-scène et nous offre des anecdotes toutes plus drôles les unes que les autres.

Enfin, dans un dernier chapitre, Françoise Sagan présente les lectures marquantes de son adolescence et ensuite de sa vie et écrit alors, à propos des Illuminations de Rimbaud, ce bel hommage à la littérature  : "Quelqu'un avait écrit cela, quelqu'un avait eu le génie, le bonheur d'écrire cela, cela qui était la beauté sur la terre, qui était la preuve par neuf, la démonstration finale de ce que je soupçonnais depuis mon premier livre illustré, à savoir que la littérature était tout. Qu'elle était tout en soi, et que même si quelque aveugle, égaré dans les affaires ou les autres beaux-arts, l'ignorait encore, moi du moins, à présent, je le savais. Elle était tout : la plus, la pire, la fatale, et il n'y avait rien d'autre à faire, une fois qu'on le savait, rien d'autre que de se colleter avec elle et avec les mots, ses esclaves et nos maîtres. Il fallait courir avec elle, se hisser vers elle et cela à n'importe quelle hauteur : et cela, même après avoir lu ce que je venais de lire, que je ne pourrais jamais écrire mais qui m'obligeait, de par sa beauté même, à courir dans le même sens.".

J'ai lu Avec mon meilleur souvenir avec beaucoup de plaisir, et je le conseille à tous ceux qui veulent découvrir une Françoise Sagan attachante, humble et drôle, passionnée et aimante, et dont l'écriture est toujours à mes yeux simplement belle.

Challenge Françoise Sagan organisé
par Delphine's books et les Livres de George !

vendredi 21 octobre 2011

Chiens Féraux de Felipe Becerra Calderón

L'histoire de Chiens Féraux se déroule dans le nord du Chili en 1980, sous la dictature de Pinochet. Le roman met en scène Carlos et sa femme Rocío. Carlos est lieutenant de police affecté dans la réserve de Huara située en plein désert et ses longues journées sont emplies d'ennui et de solitude. Rocío quant à elle, reste seule et inoccupée dans leur maison. Seule ? Pas vraiment, car elle ne cesse de voir des villageois autochtones qui fuient les "blancs", des chiens féraux (animaux domestiques retournés à l'état sauvage) et surtout elle entend des voix d'enfants dans sa tête qui la harcèlent en permanence.

Chiens Féraux est un livre déroutant, qui oscille sans cesse entre réalité et hallucinations. Au début, l'histoire est très ancrée dans le réel : Carlos passe dix heures par jour dans la réserve à noter dans un registre tout événement survenu, et il n'y en a que très peu dans ce désert. Mais, petit à petit, les choses basculent, et Carlos commence à voir une tâche sur l'horizon qui s'approche : simple effet d'optique ou élément fantastique ?

"Je l'ai vue seulement ce matin, en revenant des toilettes. Au début, ce n'était qu'une tâche à l'horizon. Pendant un moment, j'ai cru que c'était une sorte de tornade, une tempête de sable ou autre chose de ce genre. Mais là, cet après-midi, on dirait comme une bête en train de fondre. Elle a grandi et approche lentement. J'ignore quelle est sa nature et quelles sont ses intentions, mais je suis certain qu'elle s'approche, qu'elle vient de ce côté. Voilà quelques heures, j'ai chargé mon revolver. Ma main tremble. Je n'arrive pas à écrire lisiblement. Il vaudrait peut-être mieux ne pas mentionner cette tâche."

Quant à Rocío, elle est habitée dès le début par des voix d'enfants qui l'appellent Maman et veulent raconter son histoire, se faisant tour à tour aimants et violents. La nuit, elle ne parvient pas à dormir et elle semble être la seule à voir ces familles de villageois qui viennent fouiller les poubelles des blancs.

"On ne peut pas continuer comme ça. Les amis veulent connaître ton histoire. Leur confier ce qui t'est arrivé ne te fera aucun tort. Et nous, on sera soulagés. Tu vas voir, maman chérie, on ne pleurera plus, on ne va plus te griffer, la nuit, on ne cognera plus sur ta tête pour que tu t'ouvres de part en part. Tu vas voir, on sera bien sages."

Chiens Féraux (titre original : Bagual) est le premier roman de Felipe Becerra Calderón, qu'il a commencé à écrire à dix-neuf ans et qui a obtenu le prix Robert Bolaño en 2006. C'est un roman polyphonique où se croisent les pensées de Rocío, les voix qu'elle entend et l'écriture quotidienne de Carlos dans son registre, dans lequel il va trouver un certain réconfort devant la folie qui semble menacer sa femme et lui-même. J'ai aimé l'écriture de Calderón, admirablement bien rendu par les traductrices. J'ai trouvé ce roman perturbant, parfois difficile à suivre tant les personnages plongent dans le délire, mais très intense. C'est une lecture dont je suis ressortie un peu mal à l'aise, en revenant sur certains passages plusieurs fois pour bien en saisir le sens et la beauté.

Lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio, merci aux éditions Anne Carrière et à Babelio pour leur partenariat !







C'est aussi ma première participation au Challenge 1% Rentrée littéraire 2011 organisé par Hérisson !

samedi 15 octobre 2011

Nuit et jour de Virginia Woolf

Nuit et jour de Virginia Woolf, c'est un peu Santa Barbara : on y découvre quatre personnages confrontés à leurs sentiments qui varient sans cesse entre amour et amitié. Mary Datchet, qui travaille dans une association pour le droit de vote des femmes, est amoureuse de Ralph Denham, jeune avocat, qui est amoureux de Katherine Hilbery, qui est fiancée, sans l'aimer, à William Rodney, qui, lui, l'aime. Ouf. Au fil du roman, les couples se font et se refont, au gré des saisons.

Ce serait pourtant très réducteur de résumer le roman de Virginia Woolf ainsi. L'auteure y développe plusieurs thèmes dont :

- le mariage : une femme est-elle obligée de se marier, même sans amour, à la différence des hommes qui peuvent vivre seuls ? Katherine Hilbery, sans doute le personnage le plus intéressant de ce roman, est issue d'une famille aisée, petite-fille d'un grand poète et condamnée à servir le thé tous les jours dans le salon de sa mère, à qui elle apporte son aide pour la rédaction de la biographie de l'illustre grand-père. Mais Katherine rêve de tout autre chose :"Elle ne voulait épouser personne. Elle voulait partir, seule, de préférence dans une lande nordique désolée, pour étudier les mathématiques et l'astronomie.". Et parce qu'elle veut quitter la maison familiale, elle est prête à se marier  sans amour avec William Rodney, un de ses très proches amis. Le but d'une vie de femme doit-elle être obligatoirement le mariage ?

- le féminisme et la question du travail féminin : Mary Datchett travaille pour une association qui milite pour le droit de vote des femmes. Indépendante et moderne, elle fait passer son travail avant tout, même avant son amour pour Ralph Denham qui vient parfois la perturber, ce dont elle se sent très coupable. Elle est active et convaincue de la nécessité pour une femme de travailler. Elle renoncera d'ailleurs à l'amour, pour son travail et la cause qu'elle défend. Cette réflexion sur le féminisme m'est apparue peu aboutie, et donc peu convaincante. Le personnage de Mary Datchett n'est pas sympathique, trop ancré dans le réel, et peu romanesque.

Il s'agit du deuxième roman de Virginia Woolf, publié en 1919, et donc six ans avant le splendide Mrs. Dalloway. Certes, j'ai été transportée et Virginia Woolf est maitresse dans l'art de laisser vagabonder les pensées de ces personnages, mais le roman reste très classique dans sa construction et le manque d'action se ressent parfois durement. On sent très bien l'influence de Jane Austen (que j'adore) dans les relations entre les personnages, les dialogues etc. Il y a aussi de l'humour dans ce roman, notamment à travers le personnage de Mrs. Hilbery, la mère de Katherine, un peu excentrique et désinvolte. Mais Nuit et jour est avant tout mélancolique et alterne les passages de profonde tristesse, voir de désespoir, avec des moments plus gais, moins sérieux. C'est peut-être là une explication du titre, la vie qui s'écoule jour après jour, entre ombre et lumière.


Quelques extraits :

Katherine : "D'abord j'aime beaucoup William. Vous ne pouvez pas le nier. Je le connais mieux que quiconque ou presque. Mais, je l'avoue, si je l'épouse, c'est parce que - je serai très franche avec vous, vous ne devrez souffler mot à personne de ce que je vais vous dire - si je l'épouse, c'est parce que je veux me marier. Je veux avoir une maison à moi. La vie n'est plus possible chez nous. Vous, vous n'avez aucun problème, Henry ; vous pouvez faire ce que vous voulez. Moi, je dois toujours être là. Vous savez bien comment cela se passe à la maison. Vous ne seriez pas heureux non plus si vous ne faisiez rien. Ce n'est pas que je n'aie pas le temps - c'est l'atmosphère."

Mary : - "Je pensais à Katherine. Il y a quelque chose qu'elle ne comprend pas à propos du travail. Elle n' a jamais eu besoin de travailler. Elle ne sait pas ce que c'est que travailler. Moi-même, je ne l'ai su qu'assez tard. Mais c'est ce qui nous sauve, j'en suis sûre.
- Ne pensez-vous pas qu'il existe autre chose que le travail ? demanda-t-il hésitant.
- Rien sur quoi l'on puisse compter, répondit-elle. [...] Que serais-je devenue si je n'étais pas obligée d'aller au bureau tous les matins ? Des milliers de personnes vous diront la même chose - des milliers de femmes. C'est le travail qui m' sauvée, Ralph, pas autre chose."

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres...", organisé par Calypso du blog "Aperto Libro". 

jeudi 6 octobre 2011

La Décapoute d'Hervé Mestron

Le narrateur, un contrebassiste professionnel, voyage de Tokyo à Deauville au gré des contrats et concerts. Sa vie n’est pas de tout repos mais heureusement qu’il est entouré de ses « amis » : Marie-Sophie la cafetière, Francis le grille-pain et surtout, Denise sa contrebasse, compagne fidèle avec laquelle il partage son lit. Un jour, son agent l’appelle pour un remplacement au casino de Deauville. Il y rencontre Mélanie, c’est le coup de foudre réciproque, du moins le croit-il…

Le coup de foudre est une réminiscence du futur, une vision prémonitoire que les cellules perçoivent avant le cerveau. Je sais que c’est elle et ça me fait une drôle d’impression. Je vais finir ma vie avec cette femme, c’est à la fois simple et vertigineux. Je me demande ce qu’elle prend le matin, thé ou chocolat ?

Entre répétitions du concert et histoires d’amour, le narrateur nous emmène dans son univers loufoque, déconnecté du monde réel. Il interprète les faits à sa manière et voit des signes là où il n’y en a pas, ce qui donne fait du texte un récit comique, burlesque. Pourtant le récit est très réaliste, voire terre-à-terre : une pizza devant la télévision, un portefeuille oublié, un lit plein d’acariens. Mais Hervé Mestron introduit des éléments surprenants dans la vie du narrateur à travers des objets qui prennent vie (un frigo qui râle, un ouvre-boîte qui prétend être autiste…). Le « personnage » le plus original est sans nul doute Denise la contrebasse, jalouse et possessive, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de Mélanie dans la vie du narrateur.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte, assez court, d’Hervé Mestron. J’ai souvent souri devant son écriture simple et ses références actuelles (Ikea, Casino, Dim etc.). Pourtant, tout n’est pas comique dans ce récit : Hervé Mestron y fait aussi une réflexion sur la solitude du musicien, qui voyage à travers le monde car « On ne joue pas une symphonie de Beethoven seul sur son canapé ». La fin, très inattendue, est carrément morbide. Au niveau du rythme, le texte gagne à être court, car plus long, il deviendrait peut-être un peu lassant. Hervé Mestron allie à merveille l'humour noir et le burlesque dans un texte tragi-comique qui mérite vraiment le détour.

La Décapoute fait partie de la série « Le Musicos », qui regroupe d'autres textes d'Hervé Mestron, alliant musique et humour autour du personnage du contrebassiste et publiés aux éditions Symétrie. Je pense bien me les procurer !

Sur l'auteur : Hervé Mestron est musicien, auteur de romans, polars et livres pour la jeunesse, scénariste et auteur de fictions pour France Inter. Plus d'informations sur son site.

Extraits :

J’arrive de Tokyo. Retour dans le caveau familial. Je ne suis qu’amour et j’ai un petit mot gentil pour tout le monde. Le radiateur du couloir, le placard encastré, le clou auquel j’accroche mon trousseau de clefs. Je suis quelqu’un de très organisé. Un compliment, une caresse, pour moi ce n’est pas grand-chose, pour eux c’est tellement important. Je suis accueilli en héros. Je suis le seul dans cette maison à entrer et sortir avec une sorte d’autonomie parfaite, cela force le respect.

Douce nuit tisanière. Les meubles chuchotent entre eux. Une langue sourde, âpre, une musique de pieds de table. Un mélange de néerlandais et d'auvergnat. le parquet craque alors que personne, pas même mon regard, ne marche sur les lattes de bois. Et lorsque le lustre se met à remuer comme une pendule, une alarme se déclenche en moi. Attention, fantômes. Instinctivement, je cherche la main de Denise. Mais la place à côté de moi est vide. Ni tiède, ni froide, seulement glaciale. A travers le chant de cette maison hantée, j'ai l'impression d'entendre l'écho de mes agitations intérieures. Ceux qui ont trouvé l'âme sœur, même chiante, ne connaissent pas leur bonheur. Oh non. La solitude, c'est bien au soleil, avec des filles en bikini, mais dans le noir, sur un lit qui pleure en vieux français, c'est terrible. 

Merci aux éditions Symétrie et aux Agents Littéraires pour leur partenariat !

Si vous ne connaissez pas encore les Agents littéraires, allez faire un tour sur leur site. L'objectif de leur blog est de repérer les auteurs peu médiatisés et les petits éditeurs indépendant,s pour en faire la promotion sur Internet et ainsi nous les faire découvrir. 

lundi 3 octobre 2011

La douleur de Marguerite Duras

En 1985, Marguerite Duras publie chez P.O.L. un recueil de textes sous le nom de La Douleur. Le premier texte, dont le recueil porte le nom, est le plus long et aussi le plus intense. Il s'agit d'un journal écrit à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et retrouvé par Marguerite Duras des années après. Elle y raconte l'attente du retour de son mari, Robert Antelme, résistant déporté le 1er juin 1944 dans un camp de concentration.

Avril 1944. Certains prisonniers et déportés français reviennent à Paris. Duras et son amant D. (Dyonis Mascolo) s'occupent de réunir leurs noms, toutes informations susceptibles d'aider à trouver les personnes non encore revenues et de prévenir les familles qui attendent le retour d'un être cher. C'est aussi le cas de Marguerite Duras qui est sans nouvelle de son mari déporté depuis presque un an. En proie à cette terrible attente, à ce doute cruel (est-il seulement encore vivant ?), elle est totalement désemparée, ne se nourrit plus, ne dort plus, ne vit plus, malgré le soutien de D.. Elle ne cesse d'imaginer son mari mort, ou vivant ses derniers moments, quitte à s'en rendre malade.

Finalement, Jacques Morland (un des noms de guerre de François Mitterrand) retrouve Robert Antelme à Dachau et en informe Duras. Robert Antelme revient grâce à l'aide de ses amis, mais il est presque mort suite à des mois de mauvais traitements. Duras ne le reconnaît plus. Tous s'acharnent à redonner vie à ce corps et cet esprit détruits par les camps de concentration. Ils y arriveront mais à jamais Robert Antelme sera changé, et peut-être aussi l'amour que Duras lui portait...

Encore une fois j'ai apprécié la "voix" de Marguerite Duras, son style et son écriture. Le thème abordé est des plus durs, celui de l'attente d'un être aimé, du doute terrible et Duras parvient à merveille à nous le faire partager, ressentir. Bien qu'intime, son journal apporte des éléments historiques sur la fin de la guerre : retour des déportés, Jacques Morland, De Gaulle... et l'avis de Duras sur ces événements. Enfin, le portrait  que Duras fait de Robert Antelme à son retour est très dur et elle ne nous épargne aucun détail de sa dégradation physique. A lire en étant préparé !

Extraits :

Dès ce nom, Robert L., je pleure. Je pleure encore. Je pleurerai toute ma vie.

Berlin flambe. Elle sera brûlée jusqu'à la racine. Entre ses ruines, le sang allemand coulera. Quelquefois on croit sentir l'odeur de ce sang. Le voir. Un prêtre prisonnier a ramené au centre un orphelin allemand. Il le tenait par la main, il en était fier, il le montrait, il expliquait comment il l'avait trouvé, que ce n'était pas de sa faute, à ce pauvre enfant. Les femmes le regardaient mal. Il s'arrogeait le droit de déjà pardonner, de déjà absoudre. Il ne revenait d'aucune douleur, d'aucune attente. Il se permettait d'exercer ce droit de pardonner, d'absoudre là, tout de suite, séance tenante, sans aucunement connaître la haine dans laquelle on était, terrible et bonne, consolante, comme une foi en Dieu. Alors de quoi parlait-il ? Jamais un prêtre n'a paru aussi incongru. Les femmes détournaient leurs regards, elles crachaient sur le sourire épanoui de clémence et de clarté. Ignoraient l'enfant. Tout se divisait. Restait d'un côté le front des femmes, compact, irréductible. Et de l'autre côté cet homme seul qui avait raison dans un langage que les femmes ne comprenaient plus.  

Dans mon souvenir, à un moment donné, les bruits s'éteignent et je le vois. Immense. Devant moi. Je ne le reconnais pas. Il me regarde. Il sourit. Il se laisse regarder. Une fatigue surnaturelle se montre dans son sourire, celle d'être arrivé à vivre jusqu'à ce moment-ci. C'est à ce sourire que tout à coup je le reconnais, mais de très loin, comme si je le voyais au fond d'un tunnel. C'est un sourire de confusion. Il s'excuse d'en être là, réduit à ce déchet. Et puis le sourire s'évanouit. Et il redevient un inconnu. Mais la connaissance est là, que cet inconnu c'est lui, Robert L., dans sa totalité.

mercredi 21 septembre 2011

Les femelles de Joyce Carol Oates


Les Femelles (The Female of the Species) est un recueil de nouvelles écrit par Joyce Carol Oates et publié en 2006 aux États-Unis (2007 en France). Chaque nouvelle a pour sujet principal une femme ou une fille, confrontée à la mort, le meurtre, par choix ou par nécessité.

Présentation de l'éditeur : Elles s'appellent Poupée, Lucrétia ou encore Kristine. Toutes semblent inoffensives. Derrière leurs visages angéliques, un mal sournois se tapit, attendant le moment propice pour se manifester : ce sont des tueuses. Joyce Carol Oates saisit au vol cette fulgurance meurtrière et observe tranquillement le venin agir et le sang se répandre.

Avec l'aide de dieu :  Folle amoureuse, Lucretia s'est mariée à 18 ans avec  Lucas Pitman, shérif adjoint du comté de Saint-Lawrence. Après la mort de son coéquipier, Pitman se met à boire et à changer. Au même moment, Lucretia commence à recevoir des appels anonymes...
Papa dirait que Pitman avait jeté un sort à sa fille unique ; quand il était méchant, il disait que c'était sexuel et je reconnais que c'était le cas : le pouvoir de Pitman sur les filles et les femmes était sexuel, mais il n'y avait pas que ça, je le jure. Il y avait l'âme de Pitman que l'on voyait dans ses yeux à certains moments, ou que l'on sentait dans la chaleur de sa peau... une âme qui était pure flamme, un bonheur sauvage comme un courant électrique qui le traversait. Le seul fait de le toucher était dangereux, mais on ne pouvait pas ne pas toucher !"

Banshee : Une petite fille délaissée par sa mère, qui est occupée par son nouveau compagnon et la réception qu'elle donne chez elle, prend dans ses bras son petit frère encore bébé et commence l'ascension de la tour de leur maison, jusqu'à se retrouver sur le toit...
Plus la jeune fille grimpe, plus le stress augmente : une nouvelle palpitante, écrite du point de vue de la petite fille.

Poupée : une ballade du Mississippi : Poupée a onze ans et voyage avec son père à travers les États-Unis. Se faisant passer pour une jeune fille de treize ans que son père prostitue, elle rencontre des hommes dans des hôtels et les tue...
C'est la nouvelle que j'ai le moins aimée. Trop sanglante, trop perverse.
Ma préférée ? La carotide.

Madison au Guignol : Mme G. est l'épouse d'un homme riche. Paranoïaque, elle pense que tous les gens qui l'entourent parlent d'elle, rient d'elle.
On disait d'elle qu'elle était superficielle, vaniteuse. On disait d'elle que, bien qu'elle laissât dans son sillage le plus séduisant des parfums, "L'Heure bleue", elle n'avait pas de charme. On disait d'elle, l'épouse d'une homme riche, on murmurait derrière son dis en riant cruellement, qu'elle n'avait pas d'âme. "Mais c'est elle que je cherche constamment. Où et comme je peux."

Obsession : Une petite fille entend chaque nuit les cris de lapins dans la cave de sa maison, bien que sa mère soutienne qu'elle rêve. Une nuit, elle descend dans la cave... 
J'ai bien aimé cette nouvelle à nouveau écrite du point de vue d'une petite fille. En parallèle de cette obsession sur les cris des lapins, l'auteur revient sur les étranges circonstances de la mort du père, "brûlé vif dans son lit".

Faim : Kristine, en vacances avec sa petite fille Céci, rencontre Jean-Claude avec qui elle va avoir une liaison. Petit à petit, elle découvre les intentions peu honorables de Jean-Claude et se révèle prête à tout pour sauvegarder sa petite famille.
Voilà une de mes nouvelles préférées du recueil ! Plusieurs thèmes sont évoqués : la passion, l'adultère, le crime crapuleux... Et surtout, une femme forte, prête à tout.
Kristine a découvert en elle que, oui, elle aime le secret. Elle aime le risque, le danger. Son destin à part.

Dis-moi que tu me pardonnes : Une mère écrit à sa fille pour lui demander son pardon sur un événement arrivé quarante ans plus tôt. Au fur et à mesure de la nouvelle, entre flashbacks et souvenirs de la mère et de la fille, on découvre ce qui s'est passé il y a quarante ans. 
A travers cette histoire familiale, Joyce Carol Oates évoques les conflits raciaux et sociaux, avec le personnage d'Hiram Jones, homme de couleur et déficient mental, accusé à tort d'un meurtre, battu et interné dans un hôpital psychiatrique dans lequel il finira par mourir.

Ange de colère : Gilead rencontre une femme par hasard et voit en elle celle qui lui est destinée. Il commence à la suivre, la harceler, prêt à commettre l'irréparable pour elle.
Elle était seule avec le bébé. Cela m'excitait de la voir seule et de savoir qu'elle était une mère qui allaitait son bébé ; le corps de la femme sous les vêtements, ses seins beaux et cachés au monde mais pas à moi.

Ange de miséricorde : R. est une nouvelle infirmière, rattachée à la "Cité des damnés" ("royaume de l'Attaque et de la Tumeur"). Amoureuse d'un patient victime d'un accident de voiture qui a brisé son corps et son esprit, elle apprend l'existence de l'Ange de la Miséricorde. Cet Ange est en fait Agnes O'Dwyer qui exerçait des années plutôt dans la "Cité des damnées", euthanasiait ses patient.
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle qui alterne les voix de R. et d'Agnes intervenant à des époques différentes.

Au final, j'ai plutôt aimé ce recueil de nouvelles pas toujours égales, qui se lit ponctuellement, et qui m'a fait découvrir l'univers et l'écriture de Joyce Carol Oates, que j'ai hâte de retrouver dans un de ses romans (Les Chutes ? Blonde ?).

lundi 19 septembre 2011

L'événement d'Annie Ernaux

Au mois d'octobre 1963, Annie Ernaux, 23 ans, fait ses études à Rouen et tombe enceinte. Ne souhaitant pas garder l'enfant, elle raconte, dans L'événement publié en 2000 chez Gallimard, son parcours du combattant pour se faire avorter. 

L'événement est un livre choc, à déconseiller aux personnes sensibles, car Annie Ernaux raconte sans détour la scène sanglante et douloureuse de son avortement. À cette époque les avortements sont illégaux, les pratiquants (médecins et infirmiers) et les femmes qui ont avorté sont punis de prison et d'amende. Annie Ernaux part donc à la recherche d'un médecin ou sage-femme qui accepterait de pratiquer cet acte illégal. Elle s'adresse à des amis et des connaissances dont la conduite à son égard change du tout au tout en apprenant sa volonté. Les hommes développent une fascination certaine pour cette jeune femme qui souhaitent avorter, une fille "passée de la catégorie des filles dont on ne sait si elles acceptent de coucher à celle des filles qui, de façon indubitable, ont déjà couché" . Certains, notamment les médecins, cherchent à l'en dissuader. Mais, Annie Ernaux ne souhaite pas garder son enfant et est contrainte à avorter clandestinement.

Plus qu'un livre choc sur l'avortement, L'événement est aussi une réflexion d'Annie Ernaux sur son acte d'écriture. L'écrivain a ressenti le besoin d'accoucher de cet événement par écrit, comme elle a accouché d'un fœtus : "Il y a une semaine que j'ai commencé ce récit, sans aucune certitude de le poursuivre. Je voulais seulement vérifier mon désir d'écrire là-dessus. Un désir qui me traversait continuellement à chaque fois que j'étais en train d'écrire le livre auquel je travaille depuis deux ans. Je résistais sans pouvoir m'empêcher d'y penser. M'y abandonner me semblait effrayant. Mais je me disais aussi que je pourrais mourir sans avoir rien fait de cet événement. S'il y avait une faute, c'était celle-là."

Enfin, L'événement nous amène aussi à une réflexion sur la condition des femmes à cette époque, mais aussi à la notre. En établissant un parallèle entre son rendez-vous chez le médecin qui lui confirme qu'elle est enceinte (1963) et son rendez-vous chez le médecin qui lui remet les résultats de son dépistage du sida (au moment où elle écrit), elle met l'accent sur le fait que les femmes, notamment celles qui ont une "sexualité libérée", sont passées de la peur d'être enceinte à la peur d'être contaminée.

L'événement est un récit autobiographique que j'ai beaucoup aimé et qui me donne envie de continuer ma découverte d'Annie Ernaux, après avoir lu cet été Les Années.

Un dernier extrait :

"Je veux m'immerger à nouveau dans cette période de ma vie , savoir ce qui a été trouvé là. Cette exploration s'inscrira dans la trame d'un récit, seul capable de rendre un événement qui n'a été que du temps au-dedans et au-dehors de moi. Un agenda et un journal intime tenus pendant ces mois m'apporteront les repères nécessaires à l'établissement des faits. Je m'efforcerai par-dessus tout de descendre dans chaque image, jusqu'à ce que j'aie la sensation physique de la "rejoindre", et que quelques mots surgissent, dont je puisse dire, "c'est ça". D'entendre à nouveau chacune de ces phrases, indélébiles en moi, dont le sens devait être si intenable, ou à l'inverse si consolant, que les penser aujourd'hui me submerge de dégoût ou de douceur."

jeudi 15 septembre 2011

La perle de John Steinbeck

En 1947, John Steinbeck publie un court récit, intitulé La Perle, dans lequel il met en scène une famille d'indiens, Kino, Juana et leur bébé Coyotito, vivant dans un village de pauvres pêcheurs sur la côte de la Californie. Un jour, Coyotito se fait piquer par un scorpion, mais le médecin (blanc) refuse de le soigner car Kino n'a pas d'argent. C'est en pêchant des huitres que Kino découvre, la Perle du Monde, une magnifique perle de la taille d'un œuf de mouette. Kino croit alors pouvoir changer sa vie et envoyer son fils à l'école. Mais la perle réveille bien des convoitises et la petite vie tranquille de la famille semble compromise...

C'est une belle fable que Steinbeck  a écrit, comme un conte inspiré des traditions orales mexicaines. Steinbeck décrit à merveille le bonheur et la tranquillité de cette famille d'indiens dans la pauvreté, bonheur qui va être chamboulé par la découverte de la perle, symbole de richesse et d'ascension sociale. Autour de Kino et Juana, gravitent des personnages méprisables et jaloux (le médecin blanc, les acheteurs de perles) dans une société corrompue, pourrie, où seuls les habitants du pauvre village restent nobles. L'auteur fait référence à la répression des Indiens, l'injustice qu'ils ont subi à travers les siècles. Kino tente de lutter contre cette fatalité et repose tout son espoir dans l'éducation de son fils: "Mon fils ira à l'école. [...] Mon fils saura lire dans les livres. Mon fils saura tracer les chiffres et tout cela nous rendra libres, car il aura la connaissance des choses et à travers lui nous l'aurons aussi."

J'ai aimé la poésie du texte de Steinbeck quand il évoque les chants des indiens que Kino entend  dans sa tête et dans son cœur et qui créent une atmosphère particulière : le chant de la famille auprès de Juana et Coyotito, le chant de la perle, le chant des ennemis, le chant du Mal... "Les ancêtres de Kino avaient chanté tout ce qui existe et tout ce qui arrivera jamais. Ils avaient tout mis en chansons. Ils avaient fait des chants pour les poissons, pour la mer en furie et pour la mer paisible, pour le jour et pour la nuit, pour le soleil et la lune - et tous ces chants demeuraient dans le cœur de Kino et des siens - tous les chants qui furent jamais inventés, et même ceux depuis longtemps oubliés."

La fable est évidemment morale : le bonheur n'est pas dans la richesse, mais dans la famille. La magnifique perle du début devient maudite et son chant dissonant. Sous des allures trompeuses, elle n'apporte que malheur et chagrin.

Bref, un livre à lire par les jeunes et les plus vieux d'entre nous, pour la critique sociale et la verve de John Steinbeck !

Un dernier extrait : 

"Dans la ville, on raconte l'histoire d'une grosse perle - comment elle fut trouvée, puis perdue à nouveau ; l'histoire de Kino, le pêcheur, de sa femme Juana et de leur bébé Coyotito. Et comme l'histoire a été si souvent racontée, elle est enracinée dans la mémoire de tous. Mais, tels les vieux contes qui demeurent dans le cœur des hommes, on n'y trouve plus que le bon et le mauvais, le noir et le blanc, la grâce et le maléfice - sans aucune nuance intermédiaire. Si cette histoire est une parabole, peut-être chacun en tirera-t-il sa propre morale et y découvrira-t-il le sens de sa propre vie. Quoi qu'il en soit, on raconte dans la ville que.."

mardi 13 septembre 2011

Challenge 1% Rentrée littéraire 2011 : j'y participe !

D'habitude, je ne suis pas trop la rentrée littéraire. Mais depuis que je lis des blogs littéraires, j'ai commencé à m'y intéresser, j'ai même acheté quelques magazines "spécial rentrée littéraire". J'ai lu beaucoup d'articles, regardé La Grande librairie sur France 5 et je me suis petit à petit laissée tenter par quelques titres...

Et puis, j'ai vu qu'Hérisson organisait un challenge 1% de la rentrée littéraire 2011 ! Le principe est simple : il faut lire 1% des livres publiés à la rentrée littéraire 2011, soit 7 livres (1% de 654). La date limite est le 31 juillet 2012. Seuls les livres chroniqués comptent !

J'ai déjà fait quelques achats, donc deux lectures à venir : Freedom de Jonathan Franzen, Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel (qui sera à la Grande Librairie jeudi 15 septembre). Et puis peut-être 1Q84 de Haruki Murakami et Chiens féraux de Felipe Beccera Calderon. Pour le reste, on verra selon mes envies !

Pour plus d'informations et pour vous inscrire, direction Délivrer des livres, le blog de Hérisson !